Les Mythes de la création maya et aztèque, ainsi que le calendrier maya appelé «Compte Long» sont très souvent évoqués quand il est question de 2012, mais qu’en est-il réellement ?

Afin de vous donner toutes les clefs pour vous faire votre propre opinion, cette page expose les deux mythes de création ainsi qu’une analyse de leur rapport et de celui du Compte Long avec 2012...


Le Mythe de la Création Maya

Les dieux à la recherche de la créature parfaite pour les adorer


Le Mythe de la Création Maya est décrit dans le Popol Vuh, l’équivalent de la Bible pour les mayas. Il a été écrit en langue espagnole après la conquête et compile la tradition orale de la tribu maya Quiché. Le Popol Vuh décrit la création du Monde, les aventures des héros jumeaux, personnages mythiques de la cosmogonie maya, et l’histoire du peuple Quiché. 

Pour les mayas, le Monde et les créatures qui le peuplent ont été créées par les dieux pour que quelqu’un chante leurs louanges et les adorent. Les Dieux ont fait 4 tentatives, chacune correspondant à un Monde. A chaque tentative non satisfaisante, les dieux ont soit dégradé les créatures créées, soit les ont carrément détruites :

  1. Dans le Premier Monde, les Dieux essayèrent d’être vénérés par les animaux alors les Dieux ôtèrent le don de la parole aux animaux et les condamnèrent à nourrir les hommes.

  2. Dans le Deuxième Monde, les Dieux créèrent des «Hommes d’Argile» et les détruisirent.

  3. Dans le Troisième Monde, les Dieux créèrent des «Hommes de Bois» et les détruisirent.

  4. Dans le Quatrième Monde, les Dieux créèrent des «Hommes de Maïs», les mayas et par extension tous les hommes vivant de nos jours. Cette fois, les créatures étaient parfaites pour leur dessein, trop parfaites même, et les Dieux limitèrent le pouvoir et les connaissances de ces «Hommes de Maïs» en plaçant un voile devant leurs yeux.

Nous sommes toujours actuellement dans le Quatrième Monde pour les mayas et nous allons entrer, toujours selon eux, dans le Cinquième Monde.

Ces quatre mondes sont des âges mythiques. Aucun élément de datation n’est donné dans le Popol Vuh. Une relation existe cependant entre le calendrier appelé «Compte Long» et le Quatrième Monde. En effet, le début du Compte Long coïncide avec l’origine mythique des mayas et donc le début du Quatrième Monde. De facto, la fin du Compte Long serait, a priori, aussi celle de ce Quatrième Monde.

Voyons à présent plus en détail les quatre Mondes avec le texte du Popol Vuh qui y fait référence.

La création des terres émergées

Au début, il n’y avait rien qu’un grand océan et le ciel. Alors les dieux créèrent les terres émergées, les forêts et les animaux.

  1. Texte issu de l’édition «Popol Vuh, le livre sacré et les mythes de l’antiquité américaine» par l’Abbé Brasseur de Bourbourg (1861) 
    Version pdf disponible sur Gallica (les numéros de page du pdf sont entre parenthèses).


  1. PRÉAMBULE. (287-291)

  2. Voici l’origine de l'ancienne histoire (du pays) ici appelé Quiché.

  3. Ici nous écrirons et nous commencerons l’histoire d'autrefois, le principe et l’origine de tout ce qui s'est fait dans la cité du Quiche, dans les tribus de la nation quichée :

  4. Voici donc que nous amènerons la manifestation, la découverte et l’éclatement de ce qui était dans l'obscurité, l’œuvre de son aurore par la volonté du Créateur et du Formateur, de Celui qui engendre, de Celui qui donne l’être, et dont les noms sont : Un Tireur de Sarbacane au Sarigue, Un Tireur de Sarbacane au Chacal, le Grand Blanc Piqueur (d'épines), le Dominateur, le Serpent couvert de plumes, le Cœur des Lacs, le Cœur de la Mer, le Maître du Planisphère verdoyant, le Maître de la Surface azurée.

  5. C’est ainsi que l’on nomme, qu'on chante et qu’on célèbre ensemble ceux (qui sont) la Grand'mère et l’Aïeul, dont le nom est Xpiyacoc, Xmucané ; Conservateur et Protectrice; deux fois grand'mère, deux fois aïeul; ainsi qu'il est dit dans les histoires quichées : de qui on racontait tout avec ce qu'ils firent ensuite pour la prospérité et la civilisation.

  6. Voilà ce que nous écrirons depuis (qu'on a promulgué) la parole de Dieu, et en dedans du Christianisme; nous le reproduirons, parce qu'on ne voit plus ce Livre national, où l’on voyait clairement qu'on était venu de l'autre côté de la mer, (c'est-à-dire) « le récit do notre existence dans le pays de l'ombre et comment nous vîmes la lumière et la vie, » ainsi qu'il est appelé.


  7. PREMIERE PARTIE - CHAPITRE PREMIER (291-299)

  8. C'est le premier livre, écrit anciennement ; mais sa vue est cachée à celui qui voit et qui pense. Admirable est son apparition et le récit (qu'il fait) du temps auquel acheva de se former tout (ce qui est) au ciel et sur la terre, la quadrature et la quadrangulation de leurs signes, la mesure de leurs angles, leur alignement, et l’établissement des parallèles au ciel et sur la terre, aux quatre extrémités, aux quatre points cardinaux, comme il fut dit par le Créateur et le Formateur, la Mère, le Père de la vie, de l’existence, celui par qui tout agit et respire, père et vivificateur de la paix des peuples, de ses vassaux civilisés, celui dont la sagesse a médité l’excellence de tout ce qui existe au ciel, sur la terre, dans les lacs et la mer.

  9. Voici le récit comme quoi tout était en suspens, tout était calme et silencieux; tout était immobile, tout était paisible, et vide était l'immensité des cieux.

  10. Voilà donc la première parole et le premier discours. Il n'y avait pas encore un seul homme, pas un animal; pas d'oiseaux, de poissons, d'écrevisses, de bois, de pierre, de fondrières, de ravins, d'herbe ou de bocages : seulement le ciel existait.

  11. La face de la terre ne se manifestait pas encore : seule la mer paisible était et tout l’espace des cieux.

  12. Il n'y avait encore rien qui fît corps, rien qui se cramponnât à autre chose : rien qui se balançât, qui fit (le moindre) frôlement, qui fit (entendre) un son dans le ciel.

  13. Il n'y avait rien qui existât debout; (il n y avait) que l'eau paisible, que la mer calme et seule dans ses bornes ; car il n'y avait rien qui existât.

  14. Ce n'était que l'immobilité et le silence dans les ténèbres, dans la nuit. Seuls aussi le Créateur, le Formateur, le Dominateur, le Serpent couvert de plumes, Ceux qui engendrent, Ceux qui donnent l'être, sont sur l'eau comme une lumière grandissante :

  15. Ils sont enveloppés de vert et d'azur; voilà pourquoi leur nom est Gucumatz : des plus grands sages est leur être. Voilà comment le ciel existe, comment existe également le Cœur du ciel; tel est le nom de Dieu; c'est ainsi qu'il s'appelle.

  16. C'est alors que sa parole vint ici avec le Dominateur et le Gucumafz, dans les ténèbres et dans la nuit, et qu'elle parla avec le Dominateur, le Gucumatz :

  17. Et ils parlèrent : alors ils se consultèrent et méditèrent : ils se comprirent; ils joignirent leurs paroles et leurs avis.

  18. Alors il fit jour pendant qu'ils se consultaient : et au moment de l'aurore, l'homme se manifesta, tandis qu'ils tenaient conseil sur la production et la croissance des bois et des lianes, sur la nature de la vie et de l'humanité, (opérées) dans les ténèbres et dans la nuit, par celui qui est le Cœur du ciel, dont le nom et Hurakan (étymologie du mot hurricane, ouragan).

  19. L'Eclair est le premier (signe) de Hurakan ; le second est le sillonnement de l'Eclair; le troisième est la Foudre qui frappe; et ces trois sont du Cœur du ciel.

  20. Alors ils vinrent avec le Dominateur, le Gucumatz : alors on tint conseil sur la vie civilisée ; comment se feraient les semailles, comment se ferait la lumière ; qui serait le soutien et le nourricier (des dieux).

  21. Qu'il soit ainsi fait. Remplissez-vous, (fut-il dit). Que cette eau se retire et cesse d'embarrasser, afin que la terre ici existe, qu'elle se raffermisse et présente sa surface, afin qu'elle s'ensemence et que le jour luise au ciel et sur la terre ; car (nous ne recevrons) ni gloire ni honneur de tout ce que nous avons créé et formé, jusqu'à ce que existe la créature humaine, la créature douée de raison.

  22. C'est ainsi qu'ils parlèrent, tandis que la terre se formait par eux.

  23. C'est ainsi véritablement qu'eut lieu la création comme quoi la terre exista : Terre, dirent-ils; et à l'instant elle se forma.

  24. Comme un brouillard ou un nuage (eut lieu) sa formation dans son état matériel, lorsque semblables à des homards apparurent sur l’eau les montagnes ; et en un instant les grandes montagnes furent.

  25. Seulement, par une puissance et un pouvoir merveilleux, on put faire ce qui s'était résolu (sur l'existence) des monts et des vallées, instantanément avec la création des bois de cyprès et de pins (qui apparurent) à leur surface.

  26. Et ainsi Gucumatz fut rempli d'allégresse : Tu es le bienvenu, (s'écria- t-il), ô Cœur du ciel, ô Hurakan, ô Sillonnement de l'Eclair, ô Foudre qui frappe !

  27. Ce que nous avons créé et formé, aura son achèvement, répondirent-ils.

  28. Et d'abord se formèrent la terre, les monts et les plaines : le cours des eaux fut divisé; les ruisseaux s'en allèrent serpentant entre toutes les montagnes ; c'est dans cet ordre que les eaux existèrent, lorsque les grandes montagnes se furent dévoilées.

  29. Ainsi fui la création de la terre, lorsqu'elle fut formée par ceux qui sont le Cœur du ciel et le Cœur de la terre; car ainsi se nomment ceux qui les premiers la fécondèrent, le ciel et lu terre encore inertes étant suspendus au milieu de l’eau.

  30. Telle fut sa fécondation, lorsqu'ils la fécondèrent, tandis que son achèvement et sa composition se méditaient par eux.


Le Premier Monde, celui des Animaux

Puis, les dieux cherchèrent à peupler ces terres émergées de créatures capables de les vénérer. Ils pensèrent d’abord aux animaux, créés avec les terres. Mais les animaux ne pouvaient pas parler et donc ne pouvaient prononcer le nom des Dieux, alors les Dieux destinèrent les animaux à servir de nourriture aux hommes. Ainsi se termina le Premier Monde.

  1. Texte issu de l’édition «Popol Vuh, le livre sacré et les mythes de l’antiquité américaine» par l’Abbé Brasseur de Bourbourg (1861) 
    Version pdf disponible sur Gallica (les numéros de page du pdf sont entre parenthèses).


  2. PREMIERE PARTIE - CHAPITRE DEUXIEME (299-303)

  3. Ensuite ils donnèrent la fécondité aux animaux de la montagne, qui sont les gardiens de toutes les forêts; des êtres qui peuplent les monts, des cerfs, des oiseaux, des lions, des tigres, des serpents, de la vipère et du qanti, gardiens des lianes.

  4. Alors parla celui qui engendre, celui qui donne l’être : Est-ce donc pour (rester) silencieux, est-ce pour (demeurer) sans mouvement, qu'il y a l'ombre des bois et des lianes? Après quoi il est bon qu'il y ait des êtres pour les garder.

  5. C'est ainsi qu'ils parlèrent, pendant qu'ils excitaient la fécondation, qu'ils s'en entretenaient; et aussitôt existèrent les cerfs, et les oiseaux. Alors donc ils distribuèrent aux cerfs et aux oiseaux leurs demeures.

  6. Toi, cerf, au bord des ruisseaux, dans les ravins tu dormiras ; c'est ici que tu resteras entre les broussailles et le fourrage ; dans les bois vous vous multiplierez, sur quatre pieds vous irez, sur quatre pieds vous vivrez. Ainsi fut fait comme il leur fut dit.

  7. Alors turent (réparties) également les demeures des oiseaux grands et petits : Vous autres oiseaux, vous vous logerez en haut des bois, en haut des lianes; vous y ferez vos nids, vous vous y multiplierez ; vous vous développerez sur les branches des arbres, sur les rameaux des lianes.

  8. Ainsi fut dit aux cerfs et aux oiseaux, tandis qu'ils faisaient ce qu'ils devaient faire, et tous prirent leurs demeures ou leurs tanières. C'est ainsi qu'aux animaux de la terre Celui qui engendre. Celui qui donne l'être donna leur habitation.

  9. Etant donc tous achevés, cerfs et oiseaux, il leur fut dit également à ces cerfs et à ces oiseaux par l'organe du Créateur et du Formateur, de Celui qui engendre, de Celui qui donne l'être :

  10. Bramez, gazouillez maintenant, puisque la puissance de bramer et de gazouiller (vous est donnée) ; faites entendre votre langage, chacun suivant son espèce, chacun suivant son genre; ainsi leur fut dit aux cerfs, aux oiseaux, aux lions, aux tigres et aux serpents :

  11. Dites donc notre nom , honorez-nous , nous votre mère, nous votre père ; invoquez donc Hurakan , le sillonnement de l'Eclair, la Foudre qui frappe, le Cœur du ciel, le Cœur de la terre, le Créateur et le Formateur, Celui qui engendre et Celui qui donne l'être; parlez, appelez-nous, et nous saluez; ainsi leur fut dit.

  12. Mais il leur fut impossible de parler ainsi que l'homme; ils ne firent que caqueter, que glousser, que croasser; sans qu'il se manifestât (aucune) forme de langage, chacun dans son espèce murmurant d'une manière différente.

  13. Lorsque le Créateur et le Formateur entendirent qu'ils ne pouvaient parler, ils se dirent encore une fois les uns aux autres : Ils n'ont pu dire notre nom, quoique nous (soyons) leurs créateurs et leurs formateurs. Cela n*est pas bon, répétèrent entre eux Celui qui engendre et Celui qui donne l'être.

  14. Et il leur fut dit (aux animaux) : Voilà que vous serez modifiés, parce qu'il vous a été impossible de parler. Nous avons donc changé notre parole : votre nourriture et votre alimentation et vos tanières et vos habitations vous les aurez; (mais) ce seront les ravines et les bois ; car notre gloire n'est pas parfaite et vous ne (nous) invoquez point.

  15. Il en est encore (des êtres) il y en a sans doute encore qui puissent nous saluer; nous les rendrons capables d'obéir. Maintenant faites votre devoir; quant à votre chair elle sera broyée sous la dent, ainsi soit-il.

  16. Voilà donc quelle est votre destinée. C'est ainsi qu'on leur parla, et en même temps on leur notifia (ces choses) aux grands et petits animaux qu'il y a sur la face de la terre.

  17. Or ils voulurent essayer de nouveau leur fortune: ils voulurent faire une nouvelle tentative, ils voulurent concerter un nouveau mode d'adoration.

  18. Mais ils n'entendirent point le langage les uns des autres; ils n'aboutirent à rien, et rien ne put se faire.

  19. Ainsi donc leur chair fut humiliée ; et tous les animaux qui sont ici sur la face de la terre furent réduits à être mangés et tués.


Le Deuxième Monde, celui des Hommes d’Argile

Les Dieux firent une deuxième tentative et créèrent des Hommes en les modelant dans de l’argile. Mais ceux-ci n’avaient pas de structure, ils se dissolvaient dans l’eau et n’étaient pas articulés. Ils ne pouvaient ni parler, ni bouger. Les Dieux renoncèrent alors à ces créatures et les laissèrent redevenir de la boue. Ainsi se termina le Deuxième Monde.

  1. Texte issu de l’édition «Popol Vuh, le livre sacré et les mythes de l’antiquité américaine» par l’Abbé Brasseur de Bourbourg (1861) 
    Version pdf disponible sur Gallica (les numéros de page du pdf sont entre parenthèses).


  2. PREMIERE PARTIE - CHAPITRE DEUXIEME (303-305)

  3. C'est ainsi qu'il dut y avoir un nouvel essai de créatures à former par le Créateur et le Formateur, par Celui qui engendre, par Celui qui donne l'être :

  4. Qu'on essaie de nouveau ; déjà s'approche le temps des semailles, voici l'aurore (qui va paraître); faisons ceux (qui doivent être) nos soutiens et nos nourriciers.

  5. Comment (faire) pour que nous soyons invoqués et que nous soyons commémorés à la face de la terre ? Nous avons essayé déjà avec notre première œuvre et créature : il n'a pas été possible que nous fussions salués et honorés par elles. C'est pourquoi essayons de faire des (hommes) obéissants et respectueux qui (soient nos) soutiens et nourriciers.

  6. Ils dirent. Alors la création et la formation (de l'homme eurent lieu) ; de terre glaise ils firent sa chair ;

  7. Ils virent qu'il n'était pas bien ; car il était sans cohésion, sans consistance, sans mouvements, sans force, inepte et aqueux ; il ne remuait point la tête, sa face ne se tournant que d'un seul côté ; sa vue était voilée et il ne pouvait voir par derrière ; il avait été doué du (don du) langage, mais il n'avait pas d’intelligence, et aussitôt il se consuma dans l’eau sans.(pouvoir) se tenir debout.

  8. Or le Créateur et le Formateur dirent encore une fois : Plus on y travaille, plus il est incapable d'aller et de se multiplier : qu'il se fasse donc là un être intelligent, dirent-ils.

  9. Alors ils défirent et détruisirent encore une fois leur œuvre et leur création. Ils dirent ensuite : Comment ferons-nous pour qu'il puisse éclore des (êtres) qui nous adorent et qui nous invoquent ?


Le Troisième Monde, celui des Hommes de Bois

Les Dieux firent une troisième tentative et créèrent des Hommes en les sculptant dans du bois. Ceux-ci tenaient debout et savaient bouger, mais n’avaient ni coeur, ni intelligence et ne vénéraient pas les dieux. Les Dieux renoncèrent à ces créatures également et les firent démembrer par les forces de la nature (animaux et éléments) et disparaître dans un grand déluge de pluie noire. Certains arrivèrent à survivre en se réfugiant dans les arbres et devinrent des singes. Ainsi se termina le Troisième Monde.

C’est dans un intervalle mal défini entre la fin du Troisième Monde et le début du Quatrième que se situent les aventures des mythiques Héros Jumeaux Hunahpu et Xbalanque, et de leur père Hun Hunahpu et leur oncle Vucub Hunhapu qui forment une part très importante du contenu du Popol Vuh (pages 318-479 du pdf Gallica de l’édition de 1861).

  1. Texte issu de l’édition «Popol Vuh, le livre sacré et les mythes de l’antiquité américaine» par l’Abbé Brasseur de Bourbourg (1861) 
    Version pdf disponible sur Gallica (les numéros de page du pdf sont entre parenthèses).


  2. PREMIERE PARTIE - CHAPITRE DEUXIEME (305-311)

  3. Ils dirent alors, tandis qu'ils se consultaient de nouveau ; Disons-leur à Xpiyacoc et à Xmucané, au Tireur de Sarbacane au Sarigue, au Tireur de Sarbacane au Chacal : Essayez de nouveau de tirer son sort et (de voir le temps de) sa formation. Ainsi se dirent l'un à l’autre le Créateur et le Formateur, et ils leur parlèrent alors à Xpiyacoc et à Xmucané.

  4. Ensuite (eut lieu) le discours avec ces devins, l'aïeule du soleil, l’aïeule de la lumière, ainsi qu’ils sont appelés par ceux (qui sont) le Créateur et le Formateur et ce sont là les noms de Xpiyacoc et à Xmucané.

  5. Et ceux de Huracan parlaient avec Tepeu et Gugumatz ; alors ils dirent à celui du soleil, à celui de la formation, qui (sont) les devins : Il est temps de se concerter de nouveau sur les signes de l’homme que nous avons formé, pour (qu’il soit) encore une fois (notre) soutien et (notre) nourricier, afin que nous soyons invoqués et commémorés.

  6. Commence dont à parler, ô toi qui engendre et mets au monde, notre grand’mère et notre aïeul, Xpiyacoc, Xmucané ; fais donc que la germination se fasse, que l’aube blanchisse, que nous soyons invoqués, que nous soyons adorés, que nous soyons commémorés par l’homme formé, par l’homme créé, par l’homme dressé, par l’homme moulé ; qu’il en soit ainsi ;

  7. Manifestez votre nom, ô Tireur de Sarbacane au Sarigue, ô Tireur de Sarbacane au Chacal, deux fois engendreur, deux fois procréateur, Grand-Sanglier, grand piqueur d’épines, celui de l’émeraude, le bijoutier, le ciseleur, l’architecte, celui du planisphère verdoyant, celui de la surface azurée, le maître de la résine, le chef de Toltecal, aïeule du soleil, aïeule du jour ; car ainsi soyez appelés par nos œuvres et nos créatures ;

  8. Faites vos passes sur votre maïs, sur votre tzité, pour (voir) s'il se fera et s’il arrivera que nous élaborions et sculptions sa bouche et son visage de bois; ainsi qu’il fut dit aux devins ?

  9. Alors (ce fut le moment) de jeter (le sort) et de saluer ce qui composait l’enchantement avec le maïs et le tzité : Soleil et Créature! leur dirent alors une vieille et un vieillard. Or, ce vieillard était le maître du tzité, Xpiyacoc (était) son nom; mais la vieille était la devineresse, la Formatrice, dont le nom (était) Chirakan Xmucané.

  10. Or ils parlèrent ainsi, au moment où le soleil s'arrêtait (au midi) : Il est temps qu'on se concerte ; parle, que nous entendions, que nous parlions et que nous disions s'il faut que le bois soit charpenté et sculpté par le Formateur et le Créateur ; si ce sera le soutien et le nourricier, au moment où se fera la germination et où le jour blanchira.

  11. Ô maïs, ô tzité, ô soleil, ô créature, unissez-vous, accouplez-vous l'un sur l'autre ; ainsi fut dit au maïs et au tzité, au soleil et à la créature. Et toi, rougis, ô Cœur du ciel, ne fais pas baisser la bouche et la face do Tepeu, de Gucumatz.

  12. Alors ils parlèrent et dirent la vérité : C'est bien ainsi qu'il faut faire vos mannequins, travaillés de bois ; qui parlent et raisonnent à leur aise sur la face de la terre.

  13. Ainsi soit-il, répondirent-ils, lorsqu'ils parlèrent. Dans le même instant se fit le mannequin travaillé de bois; les hommes se produisirent, les hommes raisonnèrent, et ce sont les gens qui (habitent) la surface de la terre.

  14. Ils existèrent et se multiplièrent; ils engendrèrent des filles et des fils, mannequins travaillés de bois : mais ils n'avaient ni cœur, ni intelligence, ni de souvenir de leur formateur et de leur créateur; ils menaient une existence inutile et vivaient comme des animaux.

  15. Ils ne se souvenaient plus du cœur du ciel, et voilà comment ils déchurent là : ce n'était donc qu'un essai et une tentative d'hommes ; qui parlèrent d'abord, mais dont la face se dessécha; sans consistance (étaient) leurs pieds et leurs mains ; ils n avaient ni sang, ni subsistance, ni humidité, ni graisse; des joues desséchées étaient (tout ce qu'offraient) leurs visages ; arides étaient leurs pieds et leurs mains, languissante leur chair.

  16. C'est pourquoi ils ne pensaient point (à élever) leurs têtes vers le Formateur et le Créateur, leur père et leur providence. Or, ceux-ci furent les premiers hommes qui en grand nombre existèrent ici sur la face de la terre.


  17. CHAPITRE TROISIEME (311-317)

  18. Ensuite (arriva) la fin (de ces hommes), leur ruine et leur destruction, de ces mannequins, travaillés de bois, qui furent également mis à mort.

  19. Alors les eaux furent gonflées par la volonté du Cœur du ciel ; et il se fit une grande inondation qui vint au-dessus de la tête de ces mannequins et de ces (êtres) travaillés de bois.

  20. Le tzité (composa) la chair de l’homme : mais lorsque la femme fut charpentée par le Formateur et le Créateur, le zibak (fut ce qui entra dans) la chair de la femme : c'est là ce qui dut entrer (dans sa construction) par ordre du Formateur et du Créateur.

  21. Mais ils ne pensaient ni ne parlaient devant leur Formateur et leur Créateur, celui qui les avait faits, qui les avait fait naître.

  22. Et ainsi fut leur destruction; ils furent inondés, et une résine épaisse descendit du ciel. (L'oiseau) nommé Xecotcovach leur vint arracher les yeux de l'orbite, le Camalotz vint leur trancher la tête; le Cotzbalam dévora leurs chairs; le Tecumbalam brisa et broya leurs os et leurs cartilages; et leurs corps furent réduits en poudre et dispersés, pour le châtiment de leurs personnes ;

  23. Parce qu'ils n'avaient pas pensé devant leur mère et leur père, celui qui (est) le Cœur du ciel, dont le nom est Hurakan ; à cause d'eux la face de la terre s'obscurcit, et une pluie ténébreuse commença, pluie de jour, pluie de nuit.

  24. Arrivèrent (alors tous) les animaux grands et petits (et les hommes se virent) maltraités en face par le bois et la pierre : tout ce qui leur avait servi parla, leurs tourtières, leurs plats, leurs marmites, leurs chiens, leurs poules, tous autant qu'il y en avait, les maltraita en face.

  25. Vous avez mal agi avec nous ; vous nous mordiez ; à votre tour vous serez tourmentés, leur dirent leurs chiens et leurs poules.

  26. Et voilà que les metates (dirent à leur tour) : Nous étions tourmentés par vous; quotidiennement, quotidiennement, de nuit comme de jour, toujours, holi, holi, huqui, huqui, (disaient) nos surfaces à cause de vous : voilà ce que nous avons supporté pour vous ; maintenant que vous avez cessé d’être des hommes, vous allez sentir nos forces ;  nous moudrons et nous réduirons vos chairs en poudre, leur dirent leurs metates.

  27. Et voici ce que leurs chiens, parlant à leur tour, leur dirent : Pourquoi ne nous donniez-vous pas à manger ? A peine étions-nous regardés, et vous nous chassiez dehors et vous nous poursuiviez ; l’objet qui vous servait à nous frapper était (toujours) prêt, tandis que vous preniez vos repas.

  28. C'est ainsi que vous nous traitiez ; nous étions incapables de parler. Sans cela nous ne vous aurions pas (donné) la mort maintenant. Comment donc ne raisonniez-vous pas, comment ne pensiez-vous donc pas à vous-même*? C'est nous qui vous détruisons, et maintenant vous éprouverez les dents qu'il y a dans notre gueule; nous vous dévorerons, leur dirent les chiens, tout en leur déchirant la face.

  29. Et voilà que leurs tourtières et leurs marmites leur parlèrent à leur tour : Mal et dommage vous nous causiez, en enfumant notre bouche et notre surface ; toujours nous exposant au feu, vous nous brûliez, quoique nous ne sentissions rien ;

  30. Vous le sentirez à votre tour et nous vous brûlerons, dirent les marmites, en les insultant tous en face. Ainsi (firent) les pierres qui (servent à former) le foyer, (demandant) que le feu s'allumât avec violence sous leurs têtes étendues dessus, pour le mal qu'ils leur avaient fait.

  31. (Alors on vit les hommes) courir en se poussant, remplis de désespoir : ils voulaient monter sur les maisons, et les maisons, s'écroulant, les faisaient tomber (à terre); ils voulaient monter sur les arbres et les arbres les secouaient loin d'eux; ils voulaient entrer dans les cavernes, et les cavernes se fermaient devant eux.

  32. Ainsi (s'accomplit) la ruine de ces créatures humaines, gens qui étaient destinés à être détruits et bouleversés ; (ainsi) leurs personnes à tous furent livrées à la destruction et au mépris.

  33. Or on dit que leur postérité (se voit dans) ces petits singes qui vivent aujourd'hui dans les bois ; c'est le signe qui resta (d'eux), parce que de bois seulement leur chair se composa par les soins du Formateur et du Créateur.

  34. C’est pourquoi ce petit singe ressemble à l’homme, signe qu'il est d'une autre génération d'êtres humains (qui étaient) que des mannequins, que (des hommes) travaillés de bois.


Le Quatrième Monde, celui des Hommes de Maïs, les mayas

Les Dieux firent une quatrième tentative et créèrent des Hommes à partir du Maïs.  Dans le Popol Vuh, il est question de deux sorte de maïs, le jaune et le blanc. Dans la tradition orale moderne représentée par Don Alejandro Perez Oxlaj, les mayas sont formés non pas de 2 mais des 4 sortes de maïs : jaune, blanc, noir et rouge (voir la page sur les 4 directions).

Ces hommes de maïs vénéraient les dieux. Ils étaient parfaits, trop parfaits même aux yeux des dieux. Alors les dieux les limitèrent dans ce qu’ils pouvaient percevoir en «voilant leur vue» afin qu’ils continuent à les vénérer et ne cherchent pas à devenir eux-mêmes des dieux.

  1. Texte issu de l’édition «Popol Vuh, le livre sacré et les mythes de l’antiquité américaine» par l’Abbé Brasseur de Bourbourg (1861) 
    Version pdf disponible sur Gallica (les numéros de page du pdf sont entre parenthèses).


  2. TROISIEME PARTIE - CHAPITRE PREMIER (480-485)

  3. Or voici quand on commença à penser à l’homme et à chercher ce qui devait entrer dans la chair de l’homme. Alors parlèrent Celui qui engendre et Celui qui donne l’être, le Créateur et le Formateur, nommés Tepeu, Gucumatz :

  4. Déjà l'aurore est proche ; l'œuvre est achevée, voilà qu'est ennobli le soutien, le nourricier (de l’autel), le fils de la lumière, le fils de la civilisation ; voilà qu'est honoré l'homme, l'humanité à la face de la terre, dirent-ils.

  5. On vint, on s'assembla en grand nombre; ils unirent leurs sages conseils dans les ténèbres, dans la nuit : alors ils cherchèrent, et s'étant secoué la tôte, ils se consultèrent ici, pensant (à ce qu'ils feraient).

  6. De cette manière sortirent les sages décisions de ces hommes éclairés : ils rencontrèrent et on leur fit voir ce qui entrait dans la chair de l'homme. Or peu s'en fallait encore que le soleil, la lune et les étoiles se manifestassent au-dessus d'eux, du Créateur et du Formateur.

  7. En Paxil en Cayala ainsi qu'on nomme (ce lieu), vinrent les épis de maïs jaune et les épis de maïs blanc.

  8. Or voici les noms des barbares qui allèrent chercher l’alimentation : le Renard, le Chacal, la Perruche et le Corbeau, quatre barbares qui leur apprirent la nouvelle des.épis de maïs jaune et des épis de maïs blanc qui venaient en Paxil et qui leur montrèrent le chemin de Paxil.

  9. C'est là qu'ils obtinrent enfin les aliments qui entrèrent dans la chair de l'homme fait, de l'homme formé ; c'est cela (qui fut) son sang, qui devint le sang de l'homme, ce maïs qui entra en lui par les soins de Celui qui engendre et de Celui qui donne l'être.

  10. Ainsi ils se réjouirent d'être enfin arrivés à ce pays excellent, si plein de choses savoureuses, où abondaient le maïs jaune et le maïs blanc, où abondait également le pek, le cacao, où l’on ne pouvait compter les sapotiers, les anones, les jocofes, les nances, les ahaches, le miel ; tout était rempli enfin des meilleurs aliments dans cette ville  de Paxil, de Cayala (car tel était) son nom.

  11. Il y avait des aliments de toute sorte, aliments petits et grands; plantes petites et grandes, dont le chemin leur avait été montré par les barbares. Alors on commença à moudre le maïs jaune, le maïs blanc, et Xmucané en composa neuf boissons, et cette nourriture entrant (dans le corps), fit naître la force et la vigueur, et donna de la chair et des muscles à l’homme. C'est là ce que firent Celui qui engendre et Celui qui donne l'être, Tepeuh, Gucumatz, ainsi qu'ils sont appelés.

  12. Aussitôt ils commencèrent à parler de faire et de former notre première mère et notre premier père : seulement du mais jaune et du maïs blanc (entrèrent dans) leur chair et furent la seule alimentation des jambes et des bras de l’homme ; et ceux-ci furent nos premiers pères, les quatre hommes qui furent formés et en qui cet aliment était entré (pour faire) leur chair.


  13. TROISIEME PARTIE - CHAPITRE DEUXIEME (485-491)

  14. Les voici les noms des premiers hommes qui furent créés et formés : celui-ci est le premier homme, Balam-Quitzé; le second est Dalam-Agab; le troisième est ensuite Mahucutah et le quatrième Iqi-Balam, et ceux-ci sont leurs noms de nos premières mères et pères.

  15. On les appela simplement des êtres façonnés et formés ; ils n'eurent ni mère, ni père, et nous les nommons simplement des hommes. La femme ne leur donna pas le jour, et ils ne furent pas non plus engendrés par l’Edificateur et le Formateur, par Celui qui engendre et par Celui qui donne l’être.

  16. Mais ce fut un prodige, un véritable enchantement que leur création et leur façon, (opérée) par le Créateur et le Formateur, par Celui qui engendre et par Celui qui donne l’être, Tepeu et Gucumatz : en apparaissant comme des hommes, hommes donc ils furent ; ils parlèrent et ils rai-

  17. sonnèrent, ils virent et ils entendirent, ils marchèrent, ils palpèrent; hommes parfaits et beaux, et dont la figure était une figure d'homme.

  18. La pensée fut et exista (en eux), ils virent : et aussitôt leur regard s'éleva : leur vue embrassa tout; ils connurent le monde entier, et quand ils le contemplaient, leur vue se tournait en un instant de la voûte du ciel à regarder de nouveau la surface de la terre.

  19. Les choses les plus cachées , ils les voyaient toutes à volonté, sans avoir besoin de se mouvoir auparavant ; et lorsqu' ensuite ils jetaient la vue sur ce monde, ils voyaient de même tout ce qu’il renferme.

  20. Grande fut leur sagesse ; leur génie s'étendit sur les bois, sur les rochers, sur les lacs et les mers, sur les montagnes et sur les vallées : hommes véritablement dignes d'admiration (étaient ainsi) Balam-Quitzé, Balam-Agab, Mahucutah et Iqi-Balam.

  21. Alors ils furent interrogés par l'Edificateur et le Formateur : Qu'est-ce donc que vous pensez de votre être ? Ne voyez-vous point, n'entendez-vous point, votre langage n'est-il pas bon, ainsi que votre marche ? Regardez donc et voyez sous le ciel si les montagnes et les plaines se manifestent ; essayez de les voir maintenant, leur fut-il dit.

  22. Après cela, ils virent l'ensemble de tout ce qu'il y a sous le ciel : puis ils rendirent grâce au Créateur et au Formateur, (disant) : Véritablement nous (vous) rendons toute sorte d'actions de grâces ! Nous avons reçu l’existence, nous avons reçu une bouche, un visage, nous parlons, nous entendons, nous pensons, nous marchons : nous sentons et nous connaissons également bien ce qui est loin et ce qui est rapproché.

  23. Nous voyons toutes les choses grandes et petites dans le ciel et sur la terre. Grâce à vous ; nous avons été créés, ô Edificateur, ô Formateur ! nous sommes, ô notre aïeule, ô notre aïeul, dirent-ils, en rendant grâce de leur existence et de leur formation.

  24. Et ils achevèrent de mesurer et de voir tout ce qui existe aux quatre coins et aux quatre angles dans le ciel et sur la terre.

  25. Mais l’Edificateur et le Formateur n'entendirent pas ces choses avec plaisir : Ce n'est pas bien ce que disent nos créatures. Elles savent toutes les choses grandes et petites, dirent-ils.

  26. C'est pourquoi, on prit de nouveau le conseil de Celui qui engendre, de Celui qui donne l'être. Comment ferons-nous avec eux maintenant? Seulement que leur vue se raccourcisse et (qu'ils se contentent) de regarder seulement un peu la surface de la terre, (dirent-ils).

  27. Ce n'est pas bien ce qu'ils disent, Leur nature ne serait-elle donc pas celle seulement de simples créatures ? Mais ils seront autant de dieux, s'ils ne procréent suffisamment et ne se développent au temps de faire les semailles, quand se fera le jour, et s'ils ne se multiplient. Ainsi soit-il.

  28. Seulement troublons un peu (notre œuvre), afin qu'il leur manque (quelque chose): ce n'est pas bon ce que nous voyons. Voudraient-ils par hasard s'égaler à nous qui les avons faits, à nous dont la sagesse s'étend au loin et connaît tout ?

  29. Était-il dit par le Cœur du Ciel, Hurakan, le Sillonnement de l'Éclair, la Foudre qui frappe, Tepeu, Gucumatz, Celui qui engendre et Celui qui donne l'être, Xpiyacoc, Xmucané, l'Edificateur et le Formateur; c'est ainsi qu'ils parlèrent, en travaillant de nouveau à la nature de leur créature et de leur formation.

  30. Alors un nuage leur fut soufflé sur la prunelle des yeux par le Cœur du ciel, et elle se voila comme la face d'un miroir qui se couvre de vapeur : le globe de leurs yeux se trouva ainsi obscurci ; ils ne virent plus que ce qui était rapproché, et cela seulement demeura clair pour eux.

  31. Ainsi fut détruite leur sagesse ainsi que toute la science des quatre hommes, son principe et son commencement. Ainsi furent formés et créés nos premiers aïeux et pères par le Cœur du ciel, le Cœur de la terre.

  32. Alors existèrent aussi leurs épouses, et leurs femmes furent faites : Dieu se consulta également; ainsi donc, durant leur sommeil, ils reçurent véritablement de fort belles femmes ; et elles se trouvèrent avec Balam-Quitzé, Balam-Agab, Mahucutah et Iqi-Balam.

  33. Leurs femmes se trouvèrent là, lorsqu'ils se réveillèrent ; aussitôt leurs cœurs se remplirent d'allégresse a cause de leurs épouses.


Ces Hommes de Maïs se multiplièrent mais vivaient toujours dans les ténèbres (conséquences de la pluie noire ?). Alors apparurent les étoiles et se leva la première aube du Quatrième Monde.

  1. Texte issu de l’édition «Popol Vuh, le livre sacré et les mythes de l’antiquité américaine» par l’Abbé Brasseur de Bourbourg (1861) 
    Version pdf disponible sur Gallica (les numéros de page du pdf sont entre parenthèses).


  2. TROISIEME PARTIE - CHAPITRE NEUVIEME (528-531)

  3. Ceci donc est l'aurore et l’apparition du soleil, de la lune et des étoiles.

  4. Grande donc fut l'allégresse de Balam-Quitzé, de Balam-Agab, de Mahucutah et d'Iqi-Balam, lorsqu'ils virent l'Etoile du matin. La première elle sortit avec sa face resplendissante, lorsqu'elle sortit la première en avant du soleil.

  5. Après quoi ils ouvrirent le paquet (renfermant) leur encens, qui était venu de là où le soleil se lève, (et qu'ils avaient apporté) dans la pensée qu'il leur devait servir ensuite ; tous les trois ensemble  déroulèrent les présents qu'ils pensaient offrir.

  6. Mixtam-Pom (copal de Mixtam) est le nom de l'encens que portait Balam-Quitzé; Caviztan-Pom est après cela le nom de l’encens que portait Balam-Agab, et celui que portait Mahucutah était appelé Encens de Dieu ; et ces trois (seulement) avaient de l'encens. Voilà donc ce qu'ils brûlèrent, tandis qu'ils dansaient avec majesté vers le soleil levant.

  7. Douces étaient leurs larmes en dansant, en brûlant leur encens, leur précieux encens. Après quoi ils gémirent de ce qu'ils ne voyaient et qu'ils ne contemplaient pas encore le lever du soleil.


  8. Ensuite, le soleil commença à s'avancer : les animaux, petits et grands, en furent dans l'allégresse ; ils achevèrent de se lever sur le cours des eaux, dans les ravines ; ils se placèrent à l’extrémité des montagnes, ensemble fixant leurs têtes du côté d'où venait le soleil.

  9. Après quoi rugirent le lion et le tigre. Mais le premier oiseau qui chanta fut celui qu'on appelle Queletzu : en vérité, tous les animaux furent remplis d'allégresse, l'aigle et le milan battirent des ailes, (ainsi que tous les autres) oiseaux petits et grands.

  10. Or les sacrificateurs étaient prosternés : grande était la joie qu'ils éprouvaient avec les sacrificateurs de Tamub et d'Ilocab, avec les Rabinaliens, les Cakchiquels, ceux de Tziquinaha, avec ceux de Tuhalha, d'Uchabaha, de Quibaha, ceux de Batena, avec ceux de Yaqui-Tepeu, autant de tribus, enfin, qu'il y en a aujourd'hui ; c'était innombrable ce qu'il y avait de monde, et l'aurore éclaira toutes ces nations à la fois.

  11. Ensuite la face de la terre se sécha à cause du soleil : semblable à un homme se montra le soleil, et sa présence chauffait, en séchant la surface de la terre.

  12. Avant que le soleil se manifestât, fangeuse et humide était la surface de la terre, et c'était avant que ne parût le soleil ; et alors seulement le soleil se leva semblable à un homme.

  13. Mais sa chaleur n’avait point de force, et il ne fit que se montrer lorsqu'il se leva : il ne resta que comme (une image dans) un miroir, et ce n'est pas véritablement le même soleil qui paraît aujourd'hui, dit-on, dans les histoires.

  14. Aussitôt après cela, Tohil, Avilix et Hacavitz se pétrifièrent, ainsi que les dieux du Lion, du Tigre, de la Vipère, du Qanti, du Blanc Frotteur de Feu (2) ; leurs bras se  cramponnèrent aux branches des arbres, au moment où se montrèrent le soleil, la lune et les étoiles : de toutes parts

  15. tout devint pierre.

  16. Peut-être ne serions-nous pas en vie en ce moment à cause de la voracité des animaux, des lions, des tigres, des vipères, des qantis et du Blanc Frotteur de Feu, peut-être aujourd'hui notre gloire n'existerait-elle point, si les premiers animaux n'avaient été pétrifiés par le soleil.

  17. Lorsqu'il apparut, grande fut la joie que sentirent au fond du cœur Balam-Quitzé, Balam-Agab, Mahuculah et lqi-Balam ; ils furent remplis d'une grande allégresse, au moment où parut l'aurore. Or, en ce temps la population n'était pas dans une condition florissante et elle n'était qu’en petit nombre, lorsqu'elle habitait sur le mont Hacavitz.

  18. C'est là que leur aurore parut, et c'est là qu'ils brûlèrent (l'encens) et qu'ils dansèrent, en se tournant vers l'orient d'où ils étaient venus : là étaient leurs montagnes et leurs vallées, d'où étaient venus ceux qu'on appelait Balam-Quitzé, Balam-Agab, Mahucutah et Iqi-Balam.

  19. Mais c'est ici qu'ils multiplièrent sur la montagne ; c’est celle qui devint leur ville, et ici ils étaient, lorsque se montrèrent le soleil, la lune et les étoiles; il fit jour et la face de la terre s'éclaira (ainsi que) le monde entier.

  20. C'est là aussi que commença leur chant, intitulé Kamucu (nous voyons) qu'ils chantèrent, et que gémirent leurs cœurs et leurs entrailles, ce qu’ils dirent dans leur chant.


Les Mythes de la Création

Le Mythe de la Création Aztèque

Les hommes victimes des rivalités entre les dieux


Le Mythe de la Création originel des Aztèques n’est pas connu. Le mythe de la création aztèque tel que connu actuellement porte le nom de «Légende des Soleils» (Leyenda de los Soles). Elle a été datée du 22 mai 1558 (calendrier julien) et fait partie du Codex Chimalpopoca (l’intégrale du Codex Chimalpopoca est disponible sur Google Books, la légende des soleils commence à la page 139).

Cette légende des Soleils est un des produits de la réécriture de tous les mythes aztèques . La rivalité entre les dieux est décrite dans la page Wikipedia sur les 5 soleils. Cette légende des soleils est également parvenue jusqu’à nous sous la forme d’une énorme pierre circulaire sculptée, appelée la «pierre du soleil» (24 tonnes, 3,6 mètres de diamètre, 1,22 mètre d’épaisseur). On pense qu’il s’agissait d’un autel de sacrifice.

Cette pierre est utilisée très communément pour illustrer les textes sur le calendrier aztèque et maya, même si elle n’a rien à voir du tout avec les Mayas !


















La «Pierre du soleil» a été sculptée sous le règne d'Axayácatl pour commémorer la fête du feu nouveau de 1479, soit postérieurement à la réécriture des mythes aztèques.

En effet, durant le règne de Itzcoatl (1427-1440), quatrième empereur des aztèques, tous les codex furent détruits. L’histoire et les mythes aztèques furent alors «réécrits» pour à la fois asseoir le pouvoir des Aztèques sur leurs vassaux en les acculturant et détourner des Aztèques la menace de la fin du Quatrième Monde.

Les Aztèques avaient la certitude qu’ils vivaient à la fin d’un Monde. Pour éviter d’être détruits, ils ont sciemment modifier le mythe originel et l’on réécrit en créant un Cinquième Monde et se présentant comme le peuple élu de ce Cinquième Monde. Outre l’avantage politique d’être un «peuple élu», ils pensaient également, en créant une fin virtuelle d’un Quatrième Monde, échapper ainsi à la destruction.

Si on parle de quatre mondes comme chez les Mayas, les mondes aztèques n’ont rien à voir en durée et en teneur avec ceux des Mayas. Toute tentative de les assimiler les uns aux autres n’a pas de fondement. Pour plus de clarté, nous appellerons les mondes aztèques, des «soleils» afin de ne pas les confondre.

Pour les Aztèques, les hommes sont les victimes indirectes des rivalités entre dieux pour devenir le «Soleil du Monde». A chaque fois, la cataclysme se déroule en un seul jour, ce qui est du domaine du symbole (chaque jour étant lié à un glyphe de jour).

Les Aztèques ont une date de création du Monde : «il y a 2513 ans à partir du 22 mai 1558», soit 955 avant JC.

  1. Durant le Premier Soleil, nommé 4-OCELOTL (4-jaguar ou 4-IX pour les Mayas), les hommes ont été dévorés par les jaguars. Ce «soleil» dura 676 ans (donc de -955 à -279), soit 13 siècles amérindiens (Calendar Round).

  2. Durant le Deuxième Soleil, nommé 4-AHACATL (4-vent ou 4-IK pour les Mayas), les hommes et leur civilisation ont été balayés par un ouragan. Les survivants devinrent des singes. Ce «soleil» dura 364 ans (donc de -279 à 85), soit 7 siècles amérindiens.

  3. Durant le Troisième Soleil, nommé 4-QUIAHUITL (4-pluie ou 4-CAUAC pour les Mayas), les hommes furent tués par une pluie de feu. Les survivants devinrent des petits dindons. Ce «soleil» dura 312 ans (donc de 85 à 397), 6 siècles amérindiens.

  4. Durant le Quatrième Soleil, nommé 4-ATL (4-eau ou 4-MULUC pour les Mayas), les hommes furent noyés par un déluge de 52 ans (soit un siècle amérindien complet). Les survivants devinrent des poissons. Ce «soleil» dura 676 ans (donc de 397 à 1073), soit 13 siècles amérindiens.

Pour les Aztèques, nous sommes depuis cette date (1073 AD) dans le Cinquième Soleil qui se nomme 4-OLLIN (4-mouvement ou 4-CABAN pour les Mayas) et qui doit se terminer, toujours pour les aztèques, par des tremblements de terre, mais sans date prophétisée.

On peut remarquer que la durée cumulée des Deuxième et Troisième Soleils fait 13 siècles amérindiens, soit la même durée que le Premier et le Quatrième Soleil. C’est sans doute en scindant le «Deuxième Soleil» du mythe originel en deux (7+6 = 13) que les Aztèques ont créé un Soleil supplémentaire, passant ainsi de 4 à 5.

Voyons à présent plus en détail les cinq Soleils avec le texte de la Légende des Soleils qui y fait référence.

La création des Terres émergées

Le premier dieu, Ometeotl, le dieu suprême de la création et de la dualité donna naissance à 4 dieux, les 4 Tezcatlipocas liés chacun à un point cardinal.


  1. Pour l’Est, le Tezcatlipoca blanc, Quetzalcoatl, le dieu de la lumière, du vent et de la miséricorde.

  2. Pour le Sud, le Tezcatlipoca bleu, Huitzilopochtli, le dieu de la guerre, la divinité principale des Aztèques.

  3. Pour l’Ouest, le Tezcatlipoca rouge, Xipe Totec, le dieu de l'or, de l'agriculture et du Printemps.

  4. Pour le Nord, le Tezcatlipoca Noir, Tezcatlipoca, le dieu du Jugement, de la nuit, de la tromperie, de la sorcellerie et de la Terre.


De ces quatre dieux vont naître tous les autres dieux et le Monde lui-même. En ce temps là, il n’y avait qu’un immense océan où nageait une chimère partie crocodile, partie poisson et partie crapaud nommé Cipactli (crocodile, l’équivalent d’IMIX pour les Mayas). Ce monstre gigantesque avalait tout ce que les 4 enfants d’Ometeotl créaient. Tezcatlipoca et Quetzalcoatl décidèrent alors de tuer Cipactli et d’utiliser son immense corps pour créer le Monde. C’était il y a 2854 ans.


  1. This translation covers lines 1-45 of folio 75 in the Codex Chimalpopoca. (from Columbia.edu)


  2. PREAMBLE


  3. 01     here is what is known, what is spoken, a tale

  4. 02     a long time ago it was made

  5. 03     therebv the land extended

  6. 04     one by one things (inanimate, lump-like) extended

  7. 05     thereby (it) began

  8. 06     only thus is it known how (it) originated

  9. 07     so many (flat, discrete, stone-like)

  10. 08     suns that were

  11. 09     2400 years

  12. 10     on top al 100 years

  13. 11     on top af thirteen years

  14. 12     today is the 22th day af May, 1558


Le Premier Soleil, celui du Nord, de la Terre et de Tezcatlipoca

Pour éclairer le Monde, il fallait un soleil. Tezcatlipoca (direction du Nord, couleur noir) fut choisi pour être le premier Soleil. Mais étant le dieu de la nuit, il ne brillait qu’à moitié. Pour un temps (13 tours calendaires, 676 ans) cela fut suffisant. Mais une rivalité naquit entre Tezcatlipoca et Quetzalcoatl, dieu de la lumière et plus plus brillant que lui. Quetzalcoatl fit tomber Tezcatlipoca du ciel et les ténèbres recouvrirent le Monde. De colère, Tezcatlipoca ordonna à ses jaguars de dévorer tous les hommes qui à cette époque étaient des géants.


  1. This translation covers lines 1-45 of folio 75 in the Codex Chimalpopoca. (from Columbia.edu)


  2. FIRST SUN

  3. 13 this sun, four jaguar, was 676 years

  4. 14 these were (in) the First time

  5. 15 they were jaguar-eaten

  6. 16 on four jaguar sun

  7. 17 and he used to eat seven straw, it was his nourishment

  8. 18 and thereby they lived 400 years

  9. 19 on top of 200 years

  10. 20 on top of sixty years

  11. 21 likewise on top of fifteen years, (and) one more

  12. 22 and thereby they were peaple-eater­eaten

  13. 23 ten years on three years (later)

  14. 24 thereby they perished

  15. 25 thereby they went in order to be finished

  16. 26 and then the sun disappeared

  17. 27 and their year was one reed

  18. 28 and thereby they began ta be eaten

  19. 29 (on) day-sign four jaguar

  20. 30   likewise (thereby) they went in order to be finished

  21. 31    thereby they perished


Le Deuxième Soleil, celui de l’Ouest, de l’air et de Quetzalcoatl

De nouveaux humains, de taille normale, furent créés pour repeupler le Monde. Quetzalcoatl devint le nouveau Soleil et les années passèrent (7 tours calendaires, 364 ans). La civilisation des hommes sombra dans la décadence et ils cessèrent de vénérer les dieux. Tezcatlipoca, en tant que dieu de la sorcellerie et du jugement, s’empressa de les punir en les transformant en singes. Quetzalcoatl, dieu de la miséricorde, avait montré de l’indulgence pour ces hommes. Les voir transformer en singes le révolta et il balaya ces singes de la Terre avec un énorme ouragan. Puis, il renonça à être le soleil pour aller créer d’autres hommes.

  1. This translation covers lines 1-45 of folio 75 in the Codex Chimalpopoca. (from Columbia.edu)


  2. SECOND SUN

  3. 32     this sun, four wind (is) its name

  4. 33     these were (in) the second time

  5. 34     they were wind-followed

  6. 35    on four wind, it was (this) sun

  7. 36    and thereby they perished

  8. 37    they were wind-followed

  9. 38 they turned into monkeys

  10. 39 their houses and trees -all- were wind-followed

  11. 40 and this sun likewise was wind-followed

  12. 41 and they used to eat twelve snake, it was their nourishment

  13. 42 and thereby they (had) lived 300 years

  14. 43 on top of sixty years

  15. 44 likewise on top of four years

  16. 45 thereby they perished

  17. 46 (in) only one day

  18. 47 they were wind-followed

  19. 48 on day-sign four wind

  20. 49 thereby they perished

  21. 50 and their year was one flint


Le Troisième Soleil, celui du Sud, du feu et de Tlaloc

Tlaloc devint le Troisième Soleil et les années passèrent (6 tours calendaires, 312 ans). Tezcatlipoca, toujours lui, séduisit et enleva la femme de Tlaloc, Xochiquetzal, la déesse du sexe, des fleurs et du maïs. Tlaloc, dieu de la pluie, refusa alors de faire autre chose que se lamenter et il n’y eut plus de pluie sur la Terre. Les prières des hommes pour que la pluie tombe le mit en colère et, de rage, il fit tomber une pluie de feu qui consuma toute la Terre.

  1. This translation covers lines 1-45 of folio 75 in the Codex Chimalpopoca. (from Columbia.edu)


  2. THIRD SUN

  3. 51     this sun (is) four rain

  4. 52 these (are) (in) the third time

  5. 53 they (had) lived

  6. 54 on four rain sun

  7. 55 and thereby they perished

  8. 56    they were fire rain on

  9. 57    they turned into turkeys

  10. 58 and also the sun burned, all their houses burned

  11. 59 and thereby they (had) lived 300 years

  12. 60 on top of twelve years

  13. 61 and thereby they perished

  14. 62 (in) only one day

  15. 63 it fire-rained

  16. 64 and the] used lo eat seven flint, it was their nourishment

  17. 65 and their year (is) one flint

  18. 66 and the day-sign (is) four rain

  19. 67 thereby they perished

  20. 68 they were children. .. ? ..today thereby they are called baby children


Le Quatrième Soleil, celui de l’Est, de l’eau et de Chalchiuhtlicue

La nouvelle femme de Tlaloc, Chalchiuhtlicue (déesse des lacs, des rivières et des océans) devint le quatrième Soleil et les années passèrent (13 tours calendaires, 676 ans). Chalchiuhtlicue était une déesse aimante envers les hommes. Tezcatlipoca, encore et toujours lui, insulta et calomnia la déesse tant et si bien, l’accusant fausement de fausse tendresse et de tromperie pour attirer à elle l’amour des hommes, que Chalchiuhtlicue finit par craquer et pleura toutes les larmes de son corps... pendant 52 ans ! Tout sur Terre fut noyé sous ses pleurs.

  1. This translation covers lines 1-45 of folio 75 in the Codex Chimalpopoca. (from Columbia.edu)


  2. FOURTH SUN

  3. 69 this sun, four water (is) its name

  4. 70 and thereby water covered the surface (for) forty years and twelve

  5. 71 these (are) (in) the fourth time

  6. 72 they (had) lived

  7. 73 on four water, it was (this) sun

  8. 74    and thereby they lived 400 years

  9. 75    on top of 200 years

  10. 76    on top of sixty years

  11. 77    likewise on top of fifteen years (and) one more

  12. 78    and thereby the] perished

  13. 79 they became inundated

  14. 80 they turned into fish

  15. 81 the sky collapsed

  16. 82     (in) only one day

  17. 83    they perished and their year was one house

  18. 84    and they used to eat four flower; it was their nourishment

  19. 85    and their year was one house

  20. 86    and the day-sign four water

  21. 87    thereby they perished


Le Cinquième Soleil, celui du Centre, de l’instabilité et de Huitzilopochtli

Ce Cinquième Soleil est une pure construction aztèque. Le Centre est une direction comme les autres points cardinaux, mais elle a l’avantage de s’extraire du cycle classique Est, Nord, Ouest, Sud et donc de rompre le cycle des soleils. Le nouveau soleil est celui de Huitzilopochtli, dieu de la guerre et divinité centrale pour les Aztèques. Le dieu tenant place du soleil est donc le dieu des Aztèques.

De plus, il est dit que Quetzalcoatl alla dans le Monde Souterrain chercher les ossements des hommes morts lors des inondations précédentes et les ressuscita en trempant les os dans son propre sang. De plus le nouveau monde est basé sur l’instabilité. Le nouveau Soleil doit livrer chaque jour une lutte contre la nuit pour éviter que le monde soit plonger dans les ténèbres et soit alors détruit par des tremblements de terre. Enfin, Tezcatlipoca doit être apaisé pour éviter qu’une nouvelle fois il ne détruise l’humanité. Tout ceci Ceci justifie pour les Aztèques tous les sacrifices humains.

Du sang pour remercier Quetzalcoatl, pour aider le soleil Huitzilopochli dans sa lutte contre la nuit et pour apaiser la colère de Tezcatlipoca. Du sang pour maintenir la stabilité d’un monde instable...





























Mythes maya et aztèque et 2012

Un mélange intellectuellement peu convainquant


Abordons maintenant la relation de ces mythes avec 2012. Qu’avons nous en fait :

  1. Le Compte Long maya donne une date de fin de ce calendrier entre le 21 et le 23 décembre 2012.

  2. Les Mayas attendent le début du Cinquième Monde pour une date proche mais non précisée.

  3. Les Aztèques pensaient vivre sous un Cinquième Soleil dont ils étaient garant de la stabilité.


Compte Long et civilisation aztèque

Tout d’abord, le Compte Long qui donne la date de fin au 21-23 décembre 2012 a été utilisé jusqu’à la fin de la période classique maya, c’est à dire jusqu’aux années 900. La civilisation aztèques n’est réellement apparu que dans les années 1300, c’est à dire 3 à 4 siècles après l’arrêt de l’utilisation du Compte Long. A l’époque des Aztèques, les méso-américains n’utilisent que le Tour Calendaire (Calendar Round) pour gérer les longues périodes de temps.

Donc il n’y a aucune relation entre les Aztèques et le Compte Long.


21 décembre 2012 et Cinquième Soleil aztèque

La date de fin du Compte Long maya ne s’applique pas au Cinquième Soleil aztèque. La notion même de date de fin gravée dans la pierre est antinomique avec la conception aztèque d’assurer la stabilité de leur Soleil par des sacrifices humains. Pour les Aztèques, le Soleil pouvait perdre sa guerre contre la nuit tous les 52 ans, soit à chaque fin de Tour Calendaire. La fête du feu nouveau marquait solennellement la fin de chaque Tour Calendaire et l’aube suivante «relançait» le Soleil pour une nouvelle période de 52 ans. Selon Bernardino de Sahagún, la dernière cérémonie aztèque du feu nouveau a eu lieu en 1507, ce qui donne comme dates de fin de Tour Calendaire soit 1975, soit 2027, mais en aucun cas 2012. Si on prend comme date de référence, celle inscrite sur la pierre du soleil, soit 1479, on obtient d’autres dates (1999 et 2051) mais de nouveau pas la date de 2012.


Cinquième Monde maya et Sixième Soleil aztèque

Si les Mayas attendent bien le début d’un Cinquième Monde, les Aztèques en revanche ne prévoyaient pas de Sixième Soleil qui aurait impliqué de facto leur destruction par un nouveau jugement de Tezcatlipoca. Le Cinquième Soleil était là pour durer aussi longtemps que les Aztèques pouvaient assurer sa stabilité par la guerre et les sacrifices humains.

Donc quand un auteur parle de Sixième Monde maya ou aztèque, il se trompe (au mieux) ou trompe ses lecteurs (au pire).


Compte Long et précession des Equinoxes

La durée du Compte Long maya est environ de 5125 ans. Celle de la précession des équinoxes d’environ 25800 ans. Rien ne laisse penser que le Compte Long est cyclique et que tous les Mondes mayas aient la même durée. Et quand bien même, 5125 ans multipliés par 4 ne donnent «que» 20500 ans, 5000 ans trop court pour compléter une précession.

En multipliant 5125 ans, soit la durée du Compte Long, par 5, soit le nombre de Soleils aztèques, on obtient 25625 ans, soit pas loin de la durée de la précession.

Mais, comme on l’a vu dans la présentation des soleils aztèques, chacun à une durée très inférieure à 5000 ans et l’un d’entre eux a été artificiellement créé par les Aztèques, donc ce calcul (Compte Long x les Soleils aztèques) est artificiel et intellectuellement malhonnête.


En Conclusion

La date de fin du Compte Long (21 décembre 2012) n’a vraisemblablement rien à voir avec la précession des équinoxes.

Le Mythe de création aztèque ne doit pas être considéré comme une source fiable du fait de sa réécriture dans les années 1430 et donc n’est pas à prendre en compte quand on évoque 2012.

D’une manière générale,il faut se garder de mélanger Mayas et Aztèques en ce qui concerne 2012, tant leurs approches respectives sont différentes. Si les Mayas avaient conservé le Compte Long, ils auraient vu approcher 2012 avec respect et solennité alors que si l’empire aztèque avait subsisté, 2012 n’aurait été qu’une année comme les autres, au coeur d’un Tour Calendaire.

Enfin, tout ceci n’enlève rien au sentiment que beaucoup partage qu’il «se passe quelque chose» en ce moment, mais permet d’avoir une approche critique des différents écrits sur la question et donc de discerner les vrais «prophètes» des «vendeurs de soupe».




Maya et Aztèque et 2012